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Les Barbets

 

 

Avant propos

La vision de la vie de François Fulconis , confortée par toutes les sources historiques consultées est très largement puisée et inspirée des écrits de Jean-Luc Sauvaigo « Lalin, le dernier des Barbets ».

Les Barbets

Le terme Barbet d’après Henri Sappia, créateur la revue « Nice historique » proviendrait de leur barbe hirsute, par analogie avec le « cane barbone », chien à long poils, dit barbet.

La rébellion spontanée des Barbets éclate dès l’automne 1792. Il s’agit d’abord d’une réaction d’autodéfense de paysans outragés. Le 3 novembre 1792, ceux-ci déciment une grosse partie du deuxième bataillon de l’Aude.
L’émergence du barbétisme est liée aux excès commis par les armées de la République commandées par le tristement célèbre général d’Anselme et est associée à l’attachement des paysans nissards au système agraire communautaire. Leur combat est inséparable aussi de la guerre des positions qui sévit dans le département jusqu’à sa conquête complète en avril 1794. Le « Saut des Français » constitue le seul lieu de mémoire officiel, aujourd’hui aménagé à des fins touristiques. En effet, malgré l’importance des combats, les lieux de mémoire sont peu nombreux dans l’ancien Comté et essentiellement favorables aux Français. Cette vision partisane de l’Histoire s’illustre une nouvelle fois avec les personnages emblématiques du Comté.
André Masséna, figure marquante du Comté de Nice, célébré par une place, une rue, un musée, un lycée, a obtenu ces honneurs en combattant sa patrie d’origine. La dédicace offerte par la mairie de Levens témoigne de l’ambiguïté du personnage : « fils du Comté de Nice, serviteur de la France ». Autre personnage, le brigasque Jean-Baptiste Rusca, dont la connaissance du terrain a permis aux troupes françaises de s’emparer de la forteresse de Saorge, a donné son nom à un Palais de Nice, au collège de Tende.

 barbets resistance

A côté de ces héros « niçois », les Barbets restent les oubliés de l’Histoire officielle, relégués au rang de faire-valoir. Le phénomène du barbétisme a longtemps été volontairement occulté. En 1814, la Restauration sarde, dont le slogan est « tutto com’dinans » (« Tout comme avant ») prend soin de taire la période peu glorieuse que fut l’époque révolutionnaire pour le régime. La vie doit reprendre son cours. Les souverains sardes s’efforcent de mettre en avant la fidélité et la pérennité des liens qui unissent le Comté à la Maison de Savoie depuis la dédition de 1388. L’histoire du Comté doit apparaître comme un long fleuve tranquille.

C’est Henri Sappia qui, par sa monographie malheureusement inachevée sur « Les Barbets » a relancé l’intérêt des recherches historiques sur les formes spécifiques de l’opposition populaire à la conquête révolutionnaire dans le pays niçois. En recueillant les souvenirs et les témoignages de ceux dont les parents ont côtoyé les barbets comme Eugène Faraut de l’Escarène, né en 1819. Il donne en effet une vision idéalisée du chef des barbets de son bourg perçu d’après ses déclarations comme un véritable bandit d’honneur.

L’action des Barbets est quelquefois encouragée par certaines administrations qui n’hésitent pas au début de l’an VI à brûler les registres de naissances. Cet acte délibéré de protection des Barbets conduit les autorités à suspendre les municipalités comme celles de l’Escarène, Lucéram, Gilette, La Brigue et Val de Blore. Les archives départementales recensent 43 Barbets à l’Escarène, et 743 dans le département.

Le dernier des Barbets

« Lalin » s’inscrit dans la grande mythologie du « bandit social  » qui, sur tous les continents, de tous temps, de Robin-des- bois aux Cangaceiros brésiliens, des bandits de Calabre aux Haïdouks d’Europe centrale, en passant par Mandrin ou Gaspar de Besse, ont brandi le glaive de la vengeance ou le fusil de la résistance contre le cynisme et le pouvoir des despotes. A des lois qui sont écrites par et pour le pouvoir, à sa brutalité aveugle, ces «bandits d’honneur» ont opposé une autre brutalité, désespérée toujours et parfois révolutionnaire.

Les Rebelles comme Lalin font le lien entre la révolte de l’individu et la lutte que mène la société dont ils sont issus et où ils évoluent protégés par le silence, « parmi les masses comme des poissons dans l’eau ».
mort lalin
Ce Rebelle Escarénois, Tailleur de son état, qui logeait rue Rostagni près de la fontaine où siégait l’ancien tribunal, prend les armes assez tardivement, pour venger l’humiliation faites à son épouse Maïna, tout comme Pancho Villa qui devint hors-la- loi en défendant l’honneur d’une sœur violée. C’est un vengeur, sa révolte est d’abord individuelle mais devient très vite un moteur collectif. Dans les sociétés paysannes et pastorales de l’arrière pays niçois, beaucoup d’hommes, face à l’injustice et la persécution refuseront de se soumettre docilement à la force et de reconnaître la supériorité sociale ou le pouvoir du vainqueur et prendront le chemin de la résistance.

La légende nous dit qu’il se cachait des Troupes Françaises dans les Clues, tantôt en barma d’Eïra, tantôt à Sainte Brigitte. La mémoire populaire nous dit aussi qu’il périt du fusil de l’ami Ciccion qu’il avait sauvé autrefois. Son cadavre fut descendu à l’Escarène et cloué à la porte de la demeure de sa mère, avant que son corps ne soit traîné à Nice mutilé et débité en morceaux, pour y être exposé sur ordre du général Garnier. C’était les valeurs sans doute que la France nous amenait pour nous convaincre des bienfaits de la révolution.

Deux cents ans se sont écoulés depuis l’anéantissement du Barbétisme et pourtant, le phénomène inspire encore à l’inconscient collectif de certains un sentiment confus que l’histoire officielle française fait osciller entre honte et incompréhension. Pour d’autres, profondément Niçois, il est temps de réhabiliter ce héros local qui a défendu son pays contre l’envahisseur étranger.


En fond sonore extrait du Miséréré d'Allégri qui sera donné le 6 juillet 2016 à L'Escarène

             

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